La prospection pétrolière au Cameroun a commencé en 1947. Pendant trente ans, les explorateurs ont cherché sans succès. Puis, en 1972, les premières découvertes commerciales ont été faites dans le bassin du Rio Del Rey.

Bien que les journaux de forage jour par jour ne soient pas détaillés publiquement dans les résumés historiques, le Cameroun a commencé à pomper du pétrole du champ de Kole en novembre 1977.

L'or noir a coulé. L'argent a afflué. Et pendant quelques années glorieuses, le Cameroun semblait destiné à la grandeur.

Entre 1977 et 1986, l'économie a cru à un taux moyen étonnant de 9,4 % par an. Des écoles ont été construites. Des routes ont été pavées. L'avenir semblait radieux.

À son apogée en 1985, le Cameroun produisait 186 000 barils de pétrole par jour. Assez de pétrole pour remplir les réservoirs de plus de 370 000 pick-up Toyota Hilux. Si l'on alignait ces camions pare-chocs contre pare-chocs, la file s'étendrait de Douala à Garoua et retour.

Le Cameroun est devenu le sixième plus grand producteur de pétrole brut d'Afrique subsaharienne. Les compagnies pétrolières internationales — ExxonMobil, Royal Dutch Shell, Total — se sont alignées pour investir.

Mais le rêve n'a pas duré.


L'Effondrement (1986–1993)

En 1986 est venu le "contre-choc pétrolier". Les pays ont vu les prix du pétrole passer de 27 dollars à moins de 10 dollars le baril en quelques mois seulement. Cet effondrement a été déclenché par une offre mondiale excédentaire due à l'augmentation de la production de l'Arabie saoudite, au nouveau pétrole de la mer du Nord et de l'Alaska, et à la baisse de la demande due aux véhicules plus économes en carburant. Avec cette chute des prix, l'économie camerounaise s'est effondrée.

En français simple : Le Cameroun a frappé le pétrole au pire moment possible. Le pays a dépensé sa nouvelle richesse aussi vite qu'elle arrivait, n'a rien épargné, et lorsque les prix du pétrole ont chuté, il ne restait plus rien.

L'argent avait disparu. L'avenir était annulé.

Les pétrodollars ont cessé d'affluer. Mais les habitudes de dépenses du Cameroun n'ont pas changé.

Le résultat a été catastrophique.

Entre 1986 et 1993, le PIB s'est contracté en moyenne de 5 % par an pendant huit années consécutives — une baisse combinée de 27 %.

Le revenu par habitant en 1993 était la moitié de ce qu'il était en 1986.

En 2007, le Cameroun était encore plus pauvre qu'en 1985. Vingt-deux ans après l'apogée du boom pétrolier, le pays ne s'était pas rétabli.

Le bilan humain a été dévastateur :

  • L'espérance de vie a chuté, passant de 56 ans en 1995 à 50 ans en 2006.
  • La mortalité infantile a augmenté de près de 30 % au cours de la même période.
  • Les taux de scolarisation ont chuté de 10 % aux niveaux primaire et secondaire.

Les investissements publics se sont effondrés. Les hôpitaux sont restés sans financement. Les enseignants n'ont pas été payés. Le contrat social s'est effrité.

En français simple : Le pétrole a rendu le Cameroun riche. Puis le pétrole a rendu le Cameroun pauvre. Le pays a grandi vite, s'est écrasé durement, et ne s'est jamais complètement rétabli.

"Le pétrole a été une malédiction pour le Cameroun, l'un des pays potentiellement les plus riches d'Afrique subsaharienne." — Gauthier & Zeufack, Gouvernance et Revenus Pétroliers au Cameroun


Où est passé l'argent ?

La statistique la plus accablante provient d'une étude de 2009 des économistes Gauthier et Zeufack.

Entre 1977 et 2006, le Cameroun aurait capté environ 67 % de sa rente pétrolière totale — les bénéfices de l'extraction et de la vente du pétrole.

Mais voici le scandale : seulement environ 46 % des revenus pétroliers totaux revenant au gouvernement auraient été transférés au budget.

Cela signifie que 54 % des revenus pétroliers — plus de la moitié — ne sont pas correctement comptabilisés.

Des milliards de dollars. Non comptabilisés. Disparus. Aucune explication. Aucune responsabilité.

L'article soutient que la mauvaise gouvernance est la coupable. La décision d'"épargner" les revenus pétroliers du Cameroun à l'étranger s'est avérée sous-optimale, étant donné l'absence d'un cadre transparent et responsable pour les gérer.

En français simple : Le gouvernement a placé l'argent du pétrole sur des comptes étrangers, mais personne ne sait exactement combien. Ni où il est allé. Ni qui l'a pris.

"Seulement environ 46 % des revenus pétroliers totaux revenant au gouvernement entre 1977 et 2006 auraient été transférés au budget. Les 54 % restants ne sont pas correctement comptabilisés." — Gauthier & Zeufack, Gouvernance et Revenus Pétroliers au Cameroun


La Promesse Non Tenue de la Transparence

En 2005, le Cameroun a pris un engagement audacieux devant la communauté internationale. Lors de la conférence de l'Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) à Londres, le ministre des Finances Abah Abah Polycarpe s'est engagé à ce qu'avant la fin juin 2005, son gouvernement commence à publier des informations trimestrielles sur la production pétrolière totale, les prix et les revenus.

Transparency International a salué cet engagement. Akere Muna, fondateur de Transparency International Cameroun, l'a qualifié de "grand pas".

Mais la promesse s'est avérée creuse.

Le manque de transparence et de responsabilité dans la gestion des revenus pétroliers s'est traduit par l'incapacité à s'engager dans une planification de développement à moyen et long terme pour le pays.

Les bailleurs de fonds réclament une meilleure gouvernance et transparence dans le secteur pétrolier depuis des décennies — sans succès significatif. L'ITIE, bien qu'étant une bonne initiative, reste très exposée au risque d'être capturée par les mêmes intérêts qu'elle est censée contraindre.

Encore aujourd'hui, le processus ITIE se poursuit. Une session du comité ITIE en décembre 2025 a abordé les actions correctives, l'engagement des parties prenantes et la gouvernance interne. Le mécanisme existe. La volonté de l'appliquer, non.

En français simple : Le Cameroun a promis la transparence sur l'argent du pétrole. Il ne l'a pas fait. Les organisations internationales ont poussé à la réforme. Rien n'a changé. Le cycle continue.


L'Exemple Norvégien : Ce qui aurait pu être

La Norvège a découvert du pétrole en mer du Nord en 1969 — juste quelques années avant le Cameroun. Mais les deux pays ont pris des chemins radicalement différents.

Lorsque les revenus pétroliers ont commencé à affluer au début des années 1970, la Norvège était une nation reculée et sous-développée. Ses habitants vivaient dans des communautés agricoles et de pêche isolées, reliées entre elles uniquement par des routes de gravier en été et des skis en hiver. Il n'y avait pas d'autoroutes, pas de ports modernes, pas d'économie diversifiée qui vaille. La Norvège était, à presque tous égards, un pays européen à la traîne.

Mais plutôt que de gaspiller l'opportunité, la Norvège a construit quelque chose de durable. Le gouvernement a créé des institutions fortes et transparentes pour gérer sa richesse en ressources naturelles. Il a investi les revenus dans les infrastructures — routes, ponts, ports et télécommunications — pour relier sa population dispersée.

Il a investi massivement dans l'éducation et les soins de santé, sortant toute une génération de la pauvreté rurale. Et surtout, il a créé un fonds souverain pour épargner pour les générations futures, garantissant que la manne pétrolière ne disparaîtrait pas une fois les puits à sec.

Le Fonds de pension gouvernemental (externe) a été créé en 1990. En 2016, il détenait plus de 800 milliards de dollars ou environ 11,7 billions de dollars — le plus grand fonds souverain du monde. Chaque citoyen norvégien, en effet, possède une part de l'économie mondiale.

Le Cameroun a pris le chemin inverse.

Pas de fonds souverain. Pas de comptabilité transparente. Pas d'investissement pour les générations futures. L'argent du pétrole a afflué — et tout aussi rapidement, il a disparu. Une partie a disparu dans des comptes bancaires privés. Une partie a été dépensée pour des projets vitrines qui n'ont jamais abouti. Une partie a simplement disparu dans les rouages d'un État construit sur le clientélisme plutôt que sur la responsabilité.

Là où la Norvège a construit un fonds pour ses petits-enfants, le Cameroun a construit un système pour sa classe dirigeante.

Là où la Norvège a investi dans les routes et les écoles, le Cameroun a investi dans la loyauté politique et l'équipement militaire.

Là où la Norvège regardait cinquante ans plus tard, le Cameroun regardait à peine au-delà des prochaines élections.

Le contraste ne pourrait pas être plus frappant. Deux pays, deux ressources, deux siècles de divergence — tout reposant sur un seul choix fait dans les années 1970, lorsque les deux nations se trouvaient à la même croisée des chemins. La Norvège a regardé sa richesse pétrolière et a demandé : Comment faire durer cela ? Le Cameroun a regardé sa richesse pétrolière et a demandé : Comment dépenser cela maintenant ?

 
Norvège
Cameroun
Découverte du pétrole
1969
1977
Production maximale
~3,5 millions b/j
186 000 b/j
Fonds souverain
1,7 billion $ (2025)
Aucun (en réalité)
Gouvernance
Transparente, responsable
Opaque, capturée
Résultat
Pays le plus riche du monde
Encore plus pauvre qu'en 1985

Les calculs :

1 USD = environ 600 FCFA

Montant en USD
Équivalent en FCFA
800 milliards $
480 billions FCFA
1,7 billion $
1 020 billions FCFA
300 000 $ (par Norvégien)
180 millions FCFA par personne

Pour mettre 1 020 billions FCFA en perspective :

  • L'ensemble du budget national du Cameroun en 2023 était d'environ 6 billions FCFA
  • Le fonds norvégien pourrait financer le budget national du Cameroun pendant 170 ans
  • Chaque citoyen camerounais recevrait 180 millions FCFA (environ 300 000 dollars) si le fonds était distribué équitablement

Le contraste douloureux :

Le Cameroun a gagné environ 5 à 10 milliards de dollars du pétrole entre 1977 et 1990 (environ 3 à 6 billions FCFA). Aucun fonds souverain n'a été créé. Cet argent a disparu.

Si le Cameroun avait suivi le modèle norvégien à partir de 1977 :

  • Le fonds vaudrait aujourd'hui environ 50 à 100 milliards de dollars (30 à 60 billions FCFA)
  • Assez pour financer le budget national du Cameroun pendant 5 à 10 ans sans nouveaux impôts ni revenus pétroliers

En français simple : La Norvège a épargné son argent pétrolier pour l'avenir. Le Cameroun a tout dépensé, et personne ne sait où l'argent est allé. Un pays est devenu l'un des plus riches du monde. L'autre est devenu un conte de mise en garde.


La Crise Qui n'a Jamais Fini

L'effondrement des années 1980 n'était pas seulement une crise économique. C'était une catastrophe générationnelle.

Les enfants qui auraient dû être à l'école ont été retirés pour travailler. Les nourrissons qui auraient dû survivre ne l'ont pas fait. Les jeunes qui auraient pu devenir médecins, ingénieurs, enseignants et fonctionnaires ont plutôt émigré ou rejoint le secteur informel.

Les années de crise des années 1990, exacerbées par la dévaluation du FCFA de 1994, ont créé une génération perdue.

Le Cameroun porte encore aujourd'hui les cicatrices.

L'économie s'est rétablie. Le PIB croît. Mais le pays n'a jamais complètement regagné le terrain perdu lors de l'effondrement.

En 2007, le Cameroun était encore plus pauvre qu'en 1985. Toute une génération a grandi dans un pays plus pauvre que celui que leurs parents avaient connu.

En français simple : La malédiction du pétrole n'a pas seulement détruit l'économie. Elle a détruit des vies. Des enfants sont morts. Une génération a perdu sa chance de s'instruire. Le pays ne s'est jamais remis.


Chronologie de la Malédiction Pétrolière

1947 — Début de la prospection pétrolière au Cameroun

1972 — Premières découvertes commerciales dans le bassin du Rio Del Rey

1977 — Le champ de Kole commence la production ; le Cameroun devient producteur de pétrole

1977–1986 — Boom pétrolier : le PIB croît de 9,4 % par an

1985 — Production maximale : 186 000 barils par jour

1986 — L'effondrement des prix du pétrole déclenche la crise économique

1986–1993 — Le PIB se contracte en moyenne de 5 % par an ; baisse combinée de 27 %

1993 — Le revenu par habitant tombe à la moitié du niveau de 1986

1995–2006 — L'espérance de vie chute de 56 à 50 ans

1995–2006 — La mortalité infantile augmente de près de 30 %

1995–2006 — Les taux de scolarisation chutent de 10 %

2005 — Le Cameroun s'engage à respecter les normes de transparence de l'ITIE

2007 — Le Cameroun est encore plus pauvre qu'en 1985

2009 — Gauthier & Zeufack publient une étude montrant que 54 % des revenus pétroliers ne sont pas comptabilisés

2025 — Le comité ITIE continue de réclamer la transparence


Faits Clés

Faits Clés : La Malédiction Pétrolière du Cameroun
Découverte du pétrole
1972 (bassin du Rio Del Rey)
Production maximale
186 000 barils par jour (1985)
Croissance du PIB (1977–1986)
9,4 % de moyenne par an
Début du déclin de la production
1986 (effondrement des prix du pétrole)
Contraction du PIB (1986–1993)
5 % de moyenne par an ; 27 % au total
Perte de revenu par habitant
50 % (1986–1993)
Chute de l'espérance de vie
56 ans (1995) → 50 ans (2006)
Augmentation de la mortalité infantile
Près de 30 % (1995–2006)
Chute des taux de scolarisation
10 % (1995–2006)
Rente pétrolière captée
Environ 67 %
Revenus transférés au budget
Seulement 46 % du total (1977–2006)
Revenus non comptabilisés
54 % (des milliards de dollars)
Statut du rétablissement (2007)
Encore plus pauvre qu'en 1985
Fonds norvégien
1,7 billion de dollars
Fonds camerounais
Aucun (en réalité)

✧ ✧ ✧

Et Si

Et si le Cameroun avait épargné ses revenus pétroliers comme la Norvège ?

Le contrefactuel n'est pas compliqué. La Norvège a découvert le pétrole à peu près en même temps que le Cameroun. La Norvège a créé un fonds souverain. Le Cameroun ne l'a pas fait. Aujourd'hui, chaque citoyen norvégien est millionnaire dans le fonds. Le Cameroun est plus pauvre qu'en 1985.

Si le Cameroun avait créé un fonds souverain en 1977, le pays aurait épargné des milliards de dollars. D'ici 2026, avec une gestion prudente et des rendements composés, ce fonds vaudrait des dizaines de milliards — peut-être plus.

Qu'est-ce que cela signifierait pour les Camerounais ordinaires ?

Cela signifierait un coussin contre les chocs économiques. Lorsque les prix du pétrole se sont effondrés en 1986, le gouvernement aurait pu puiser dans le fonds au lieu de réduire les salaires publics, de couper les financements scolaires et de regarder les hôpitaux se détériorer.

Cela signifierait un investissement dans les infrastructures, l'éducation et les soins de santé — pas dans la consommation. Les routes construites pendant le boom auraient été entretenues. Les écoles auraient eu des enseignants. Les hôpitaux auraient eu des médicaments.

Cela signifierait un avenir différent pour la génération perdue. Les enfants retirés de l'école auraient pu rester inscrits. Les nourrissons morts auraient pu survivre. Les jeunes qui ont émigré auraient pu faire carrière chez eux.

Et si les 54 % de revenus non comptabilisés avaient été correctement gérés ?

Le scandale de la malédiction du pétrole n'est pas seulement que l'argent a été dépensé. C'est que plus de la moitié ne peut être comptabilisée du tout.

Si ces 54 % avaient été correctement gérés — même sans fonds souverain — le Cameroun serait entré dans les années 1990 avec des réserves substantielles. La dévaluation de 1994 aurait peut-être été évitée. La décennie perdue aurait pu être plus courte. La souffrance aurait pu être moindre.

Et si les promesses de l'ITIE avaient été tenues ?

En 2005, le Cameroun a promis la transparence. Vingt ans plus tard, le processus ITIE se poursuit, mais les problèmes fondamentaux demeurent.

Si cette promesse avait été tenue, les revenus pétroliers seraient des informations publiques. Les citoyens sauraient combien d'argent le gouvernement reçoit et où il va. La corruption serait plus difficile. La responsabilité serait possible.

Le contrefactuel ne consiste pas à revenir sur le passé. Il s'agit de choisir un avenir différent.


Trois Questions Intrigantes

1. La Question des 54 %

Plus de la moitié des revenus pétroliers du Cameroun entre 1977 et 2006 ne sont pas comptabilisés. Où est passé l'argent ? Qui l'a pris ? Pourquoi personne n'a-t-il été tenu pour responsable ? Et la même chose se produit-elle aujourd'hui ?

2. La Question Norvégienne

La Norvège a découvert le pétrole juste quelques années avant le Cameroun. Aujourd'hui, la Norvège est l'un des pays les plus riches du monde, avec un fonds souverain de 1,7 billion de dollars. Le Cameroun est plus pauvre qu'en 1985. La différence est-elle simplement la gouvernance ? Ou y a-t-il quelque chose dans l'économie politique du pétrole en Afrique qui rend la transparence impossible ?

3. La Question Générationnelle

La malédiction pétrolière du Cameroun a créé une génération perdue. Les enfants qui auraient dû être éduqués ne l'ont pas été. Les nourrissons qui auraient dû survivre ne l'ont pas fait. Les jeunes qui auraient pu construire le pays ont plutôt émigré. Qu'est-ce qu'une génération de Camerounais éduqués, en bonne santé et employés aurait construit — si l'argent du pétrole n'avait pas été volé ?


Publié le 24 avril 2026. Environ 19 532 jours (dont 13 jours bissextiles) après le début de la production pétrolière.